samedi 29 novembre 2008

MESRINE, L'instinct de mort ****




Sortie : 22 octobre 08
De : Jean-François Richet
Avec : Vincent Cassel, Gérard Depardieu, Gilles Lellouche, Elena Anaya, Cécile de France, Roy Dupuis, Florence Thomassin...

Durant les années 60, Jacques Mesrine revient de la guerre d'Algérie, quand il fait ses débuts dans le grand banditisme français. Des îles Canaries, en passant par le Canada et les Etats-Unis, Mesrine multiplie les méfaits en tout genre jusqu'à devenir au début des années 70, l'ennemi public n°1.

Première partie du diptyque consacré à la vie du plus célèbre criminel français, "Mesrine, l'instinct de mort" est de loin le meilleur film français sorti depuis un bon bout de temps. Cette première partie, qui a mis des années à voir le jour, est si réussie qu'on a l'eau à la bouche, impatient de découvrir la suite et la fin des "aventures" de cet homme hors normes.
Le film, sans jamais prendre parti, évite tout manichéisme pour se concentrer sur une retranscription fidèle (le scénario des deux films se base sur deux autobiographies de Mesrine) et chronologique de sa vie. Et ce pour le plus grand bonheur du spectateur qui peut, sans être guidé de force, se forger sa propre opinion sur ce bandit ambigu. Ambigu car malgré de terribles méfaits, passant du simple braquage aux meurtres gratuits, on ne peut s'empêcher, non d'être admiratif mais d'être fasciné par Mesrine. À la fois, gangster sans foi ni loi et héros des médias porteur d'un message politique, Mesrine était le personnage parfait pour se retrouver au centre d'un pur thriller. Le film est simplement passionnant, on est captivé par ce qui se passe sur l'écran. Sans parler de cette splendide évasion d'une terrible prison québécoise, faisant passer Michael Scoffield pour un petit joueur.
Vincent Cassel, sans conteste le meilleur acteur français de sa génération toujours partant pour des rôles à chaque fois plus difficiles, incarne Mesrine à la perfection. Tant qu'on en oublie les nombreux seconds rôles pourtant tous excellents.
Le film de Jean-François Richet est efficace de bout en bout ne tombant jamais dans une prétention qu'on pourrait parfois reprocher à certains thrillers français. Il ne perd pas une seule fois le spectateur prêt dès la fin du film à découvrir la fin d'un bandit controversé.


TWO LOVERS ***

Sorti le : 19/11/08
Réalisateur: James Gray
Avec: Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, Isabella Rossellini...

Léonard, le coeur ravagé par le départ de son ex-fiancée tombe fou amoureux de sa nouvelle voisine, Michelle, amoureuse d'un autre. Mais ses parents préféreraient le voir avec la douce Sandra, fille d'amis à eux, et très sensible à la charmante fragilité du jeune homme.
Troisième film de Joaquin Phoenix sous les commandes de James Gray, on s'impatientait après l'excellent "La nuit nous appartient" de voir la nouvelle oeuvre du duo. A l'image d'un Burton-Depp, d'un Fincher-Pitt ou encore d'un Scorsese-DeNiro/Dicaprio, le cinéaste et l'acteur semblent s'être trouvés pour ne plus se quitter et produire ensemble une collection de petits chefs-d'oeuvres.
Mais les trop grandes espérances se muent souvent en déception. Ici, c'est une semi-déception car le film aurait été une véritable réussite sans un seul petit détail. Petit détail, certes, mais de plus la plus haute importance. S'appuyant sur le thème déjà de multiples fois traité mais toujours intéressant du triangle amoureux, le juste choix des acteurs était crucial, le film reposant entièrement sur les épaules de ses trois principaux protagonistes. L'erreur de casting est ici malheureusement évidente et laisse le spectateur pantois, déçu du manque de saveur d'un film qui promettait l'atteinte du sommet des carrières respectives de Gray et de Phoenix.
L'erreur de casting en question, c'est Gwyneth Paltrow. Loin d'être mauvaise actrice, elle est réellement impliquée dans son rôle de femme, objet de tous les désirs. Mais l'alchimie entre elle et Joaquin Phoenix n'est tout simplement pas au rendez-vous et cela suffit à faire s'effondrer un film jusque-là parfait dans tous ses aspects.
James Gray, peut-être le meilleur réalisateur américain actuel, ne s'est jamais encombré d'une réalisation grandiloquante pour toujours privilégier la mise en scène de ses scénarios teintés d'un réalisme qui résonne comme un écho à nos propres vies.
Il est dommage que cette seule affaire d'alchimie ratée vienne quelque peu gâcher le tout. D'autant qu'il n'y a rien à redire sur le reste du casting. Vinessa Shaw est parfaite et adorable dans la peau de la femme amoureuse, victime sans le savoir d'un Phoenix déchiré entre deux femmes. On adorera également une Isabella Rossellini très touchante dans la peau d'une mère soucieuse du bonheur de son fils meurtri par la vie.
Phoenix, semble moins concerné que dans "La nuit nous appartient", mais il reste à jamais touché par cette mystérieuse grâce qui confère à son jeu, une remarquable intensité. Le voir tiraillé entre coeur et raison, l'emplit d'une grande humanité. Son comportement est très inélégant mais il est impossible de juger un homme dont on a tous partager le sentiment.
Espérons que ces récents propos relatifs à un retrait définitif des plateaux pour se consacrer à la musique ne soit qu'une lubie momentanée.
Au final, "Two Lovers" n'est pas le film tant espéré (la faute non intentionnelle de Paltrow) mais on succombe à l'alliance de la sincère simplicité de Gray et du jeu désarmant de Phoenix.

bande annonce allociné

dimanche 23 novembre 2008

L'ECHANGE ***

Sorti le: 12/11/08
Réalisateur: Clint Eastwood
Avec: Angelina Jolie, John Malkovich, Jeffrey Donovan, Michael Kelly...

Mars 1928, Los Angeles, alors que Christine Collins rentre de son travail, Walter, son fils n'est pas à la maison.
Elle prévient immédiatement la police de sa disparition. Cette dernière, après des mois d'enquête, lui ramène un garçonnet qui affirme être Walter . Mais Christine est convaincue qu'il ne s'agit pas de son fils. Aidée par le révérend Briegleb, qui dénonce régulièrement les exactions de la police californienne dans une émission de radio, elle va tout tenter pour retrouver son fils.
Après un diptyque couvrant la bataille d'Iwo Jima à la fin de la seconde guerre mondiale et un chef d'oeuvre oscarisé nommé "Million Dollar Baby", Eastwood revient sur le thème de la tragédie familiale dans la veine de "Mystic River".
Après le père voulant venger le meurtre de sa fille, "L'échange" relate l'histoire d'une mère bouleversée par la disparition de son unique enfant.
La différence est maigre, mais c'est qu'elle ne se situe pas au niveau de l'intrigue principale mais plus à la périphérie de celle-ci. Si dans "Mystic River", Eastwood se concentrait uniquement sur ses protagonistes, leurs liens et leur passé commun, il va au-delà de tout ça dans son nouveau film. Misant sur une mise en scène classique et formelle comme dans un peu près tous ses films, le célèbre réalisateur préfère se centrer sur le fond. Le drame que vit Christine Collins aurait pu n'être qu'un énième évènement aussi vite lu qu'oublié à la page des faits divers mais la ténacité à toute épreuve de celle-ci met en lumière les pratiques douteuses de la police. Eastwood, qui est pour le coup au cinéma ce qu'Ellroy est à la littérature, se base sur de véritables faits et en profite pour dénoncer les obscurs agissements de la police de Los Angeles. Ainsi le film répond à diverses questions: par quels honteux procédés la police tente-t-elle de redorer son image?
Comment une seule femme, par amour pour son fils, va bouleverser l'ordre établi? Etc.
Une femme remarquablement interprétée par Angelina Jolie. Il pourra toujours y avoir mille controverses à son sujet, elle n'en demeura pas moins une excellente actrice. Déjà exceptionnelle dans "Un coeur invaincu" dans la peau de Marianne Pearl, elle est ici parfaite en mère courage.
Seul réel défaut du film: sa longueur. Il faut deux heures vingt à Eastwood pour développer tous ces thèmes. Deux heures auraient largement suffi, tant on ressort du film littéralement lessivée. Certes, on vient d'assister à la nouvelle prouesse d'un génie mais le film est trop émotionnellement éprouvant pour se permettre d'être aussi long.
Hormis ces vingt minutes en trop, le reste n'est que la parfaite démonstration du talent du maître incontesté qu'est Clint Eastwood.

bande annonce allociné

mercredi 19 novembre 2008

La critique de THE DUCHESS ***


Sortie : 12 novembre 2008
De : Saul Dibb
Avec : Keira Knightley, Ralph Fiennes, Charlotte Rampling, Hayley Atwell, Dominic Cooper...

Fin du XVIIIe siècle, Lady Georgiana Spencer épouse le riche et influent duc de Devonshire grâce à un mariage arrangé. Ravie au début, la nouvelle duchesse déchante vite. En plus de devoir supporter un ménage à trois avec la maîtresse de son mari, elle ne peut vivre librement son amour avec Charles Grey, jeune politicien visant le poste de Premier Ministre.

Une affiche peu attirante, une bande annonce qui frôle le mielleux, un réalisateur quasi inexpérimenté. On appréhende un médiocre simili de Marie-Antoinette. Mais si The Duchess nous laisse assister à quelques défilés de robes, ce n'est que pour mettre en avant l'avant-gardisme de Georgiana en matière de mode. Et si on pénètre dans l'alcôve pour assister à sa relation extraconjugale, ce n'est que pour la voir fuir la prison à peine dorée dans laquelle son mari tente de l'enfermer. Rien de mielleux, ici. Saul Dibb brosse le portrait d'une femme incroyable qui devance les tendances dans tous les domaines que ce soit en matière de mode, d'amour ou même de politique. Car étant belle, charmante, et intelligente, Georgiana est très populaire et met un point d'honneur à mettre toutes ses qualités au service du parti politique qu'elle et son mari soutiennent et parmi lequel, elle compte de nombreux amis.

dimanche 16 novembre 2008

LARGO WINCH ** (en avant-première)

Sorti le: 17/12/08
Réalisateur: Jérôme Salle
Avec: Tomer Sisley, Kristin Scott Thomas, Miki Manojlovic, Gilbert Melki, Mélanie Thierry, Karel Roden...

Vu en avant-première le samedi 15 novembre 2008 au Club de l'étoile, j'ai la chance de pouvoir écrire la critique de "Largo Winch" avec un bon mois d'avance. Merci encore Allociné. Enjoy!

Le richissime homme d'affaires Nerio Winch est retrouvé mort noyé. Son testament révèle l'existence d'un fils caché, Largo qui doit hériter de toute sa fortune et accéder à la tête de sa puissante entreprise. Mais la mort de Nerio ayant réveillé certaines convoitises, l'apparition de Largo en dérange plus d'un prêts à tout pour accéder au pouvoir.
D'abord publiées sous la forme de romans dès 1977, puis sous la forme de bandes dessinées à partir de 1990, les aventures de Largo Winch sur grand écran sont attendues avec impatience mais également avec appréhension par ses nombreux fans. Surtout que si l'adaptation en série télé proposait un acteur ressemblant au héros, le choix de Tomer Sisley dans la peau du milliardaire pour l'adaptation ciné paraissait moins évident. Mais peu importe le physique, quand l'acteur est habité par le rôle, dixit Philippe Francq, le dessinateur de la BD. Car ça fonctionne, Sisley est drôle, à l'aise, attachant et même très crédible dans les cascades (qui lui ont valu cinq mois d'entraînement).
Jérôme Salle (déjà réalisateur du polar "Anthony Zimmer") semble affectionner la réalisation d'histoires emplies de secrets et s'en tire à merveille. Le montage nerveux nous tient en haleine et le film recèle de scènes parfois techniquement impressionnantes (le verglas qui s'agite sur le sol ou la fameuse chute de Largo tout comme un des combats finaux en font partie).
Mais si "Largo Winch" est peut-être le premier film français à ne pas démériter et ce visuellement face aux blockbusters américains, il pêche en reprenant leurs grosses ficelles scénaristiques. On pense beaucoup à James Bond durant le film, et même si le scénariste Julien Rappeneau et le réalisateur Jérôme Salle se défendent d'avoir conçu un 007 made in France, il semble évident que le célèbre agent secret gravé dans l'inconscient collectif de toutes les générations a dû, malgré eux, les influencer. Mais tel un "James Bond", "Largo Winch" a un récit bien construit. Car pour être bien ficelé, le scénario l'est. Rien ne nous échappe, tout est clairement expliquée pour le plus grand bonheur du spectateur qui ne ressort pas de la salle plein de questions. Mais du coup, il n'y a aucune surprise, dès les premières minutes, on sait déjà qui oeuvre en coulisses pour accéder au pouvoir, ce qui rend la vision du film un brin frustrante.
Si "Largo Winch" était censé être un polar musclé, il devient au final un bon film d'action sans grand suspens. Une suite semble prévue, et si Jérôme Salle rempile avec le même Sisley motivé et un scénario plus subtile dans son intrigue, elle promet d'être supérieur à sa pré-quelle.
Surtout si le personnage de Gauthier (le majordome de Largo), responsable de nombreux fous rires est toujours là et davantage développé.

bande annonce allociné

mercredi 12 novembre 2008

HIGH SCHOOL MUSICAL 3 *

Sorti le: 22/10/08
Réalisateur: Kenny Ortega
Avec: Zac Efron, Vanessa Hudgens, Ashley Tisdale, Lucas Grabeel, Corbin Bleu...

Troy, Gabriella et leurs amis ont à peine débuté leur dernière année scolaire au lycée que la nostalgie de la fin pointe déjà. Pour se remémorer à jamais leurs derniers moments passés ensemble, ils décident de monter un ultime spectacle.
Au vu de l'énorme succès des deux premiers épisodes seulement diffusés à la télévision, Disney décida que le troisième opus passerait d'abord par le grand écran.
Meilleur que le second film (en même temps, ce n'était pas difficile), Kenny Ortega renoue avec l'esprit du premier.
Fini les vacances dans un paradisiaque club med et retour au lycée plus parlant pour le jeune spectateur.
Le film fleur bleu est vraiment léger, et il tire même à de trop nombreuses fois vers le mielleux mais n'oublions pas que le film reste une production disney donc on ne lui en tiendra pas rigueur. Surtout que si on laisse de côté les duos plein de mièvrerie entre Zac Efron et Vanessa Hudgens, certains shows sont vraiment dignes de Broadway lui-même, l'hommage n'est pas loin et le talent non plus. La bande d'artistes en herbe nous donnent une belle leçon de danse et de chant (le travail réalisé sur le titre "I want it all" est réellement énorme, il constitue le meilleur numéro du film).
A noter également, la très bonne idée d'avoir intégré de nouveaux jeunes élèves vraiment drôles, à l'image de "Rocket Man" qui apporte une touche comique au film qui lui évite de se perdre définitivement dans le mélo pétri de bons sentiments.
On est loin des grandes comédies musicales qui ont fait la légende d'Hollywood mais la volonté de finir en beauté une saga au succès colossal est assez grande pour nous embarquer dans ce flot de chansons entraînantes, le sourire aux lèvres.

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lundi 3 novembre 2008

QUANTUM OF SOLACE **


Sortie : 31 octobre 2008
De : Marc Forster
Avec : Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Judi Dench, Jeffrey Wright, Gemma Arterton...

James Bond, bouleversé par la mort de Vesper cherche à tout prix à se venger et part à la recherche des hommes qui l'ont poussé à le trahir puis à se sacrifier pour lui.
En remontant une piste, Bond croise la route de la mystérieuse Camille qui le mène à Dominic Greene, homme d'affaires au service de l'obscure mais puissante organisation pour laquelle Vesper travaillait et a péri. Tous deux en quête de vengeance, Bond et Camille décident de s'allier contre ce français aux ambitions démesurées.

Après le choc Casino Royale, on attendait avec impatience la suite des aventures de ce James Bond dernier cru. Mais on appréhendait aussi. Comment réussir l'exploit de surpasser ou du moins d'égaler, le phénoménal dépoussiérage orchestré par Martin Campbell ? Malheureusement et la déception est immense, ce ne sera pas pour cette fois. Peut-être les attentes étaient-elles trop grandes? Mais Quantum of Solace est loin d'être à la hauteur.

ROCK'N'ROLLA *** (en avant-première)


Sortie : 19 novembre 2008
De : Guy Ritchie
Avec : Gerard Butler, Tom Wilkinson, Thandie Newton, Mark Strong, Toby Kebbell...

Lenny Cole, grand caïd qui n'a plus rien à prouver, tient tout Londres dans sa main mais l'arrivée en ville d'hommes d'affaires russes véreux remet en cause sa suprématie. Dans le même temps, "La horde sauvage", bande de voyous de la nouvelle génération compte bien prendre les commandes de La City.

Après les désastreux A la dérive et Revolver, Guy Ritchie revient à ses premiers amours : le film de gangsters survoltés. Reprenant des thèmes qui lui sont chers et qui ont fait le succès de ses deux premiers films (à savoir Arnaques, crimes et botanique et Snatch), le cinéaste anglais retrouve du coup le punch de ses débuts. La confiance du producteur Joel Silver aidant, Ritchie repart sur de nouvelles bases accompagné de nouvelles têtes d'affiches. Et cela, pour le plus grand plaisir des spectateurs.
L'intrigue peut paraître bien des fois, alambiquée mais le montage éclaire sans problème notre lanterne. Celui-ci est, certes, rapide et sans temps morts mais Ritchie maîtrise parfaitement son délirant sujet. Ce dernier a également fait preuve de talent en se munissant d'un casting aussi génial qu'alléchant qui flingue et charrie à tout va. Tous les acteurs sont géniaux. Notamment et surtout Toby Kebbell dans la peau d'un célèbre rocker se faisant passer pour mort et qui se retrouve au centre de toutes les querelles mafieuses.
La bande originale, quant à elle, est juste hallucinante de coolitude. Tout comme le casting, l'histoire, les répliques... Elle est à l'image du titre du film : rock.
On pense à Tarantino, on se dit que le dernier film de Guy Ritchie a des airs d'un Pulp fiction à la sauce britannico-irlandaise. On rit des nombreuses perles scénaristiques, on suit avec attention l'avenir incertain de tous ces voyous attachants mais surtout on ressort de ce film choral et nerveux avec l'envie d'être à son tour un peu plus rock'n'rolla!

lundi 27 octobre 2008

FAUBOURG 36 **

Sorti le: 24/09/08
Réalisateur: Christophe Barratier
Avec: Gérard Jugnot, Kad Merad, Clovis Cornillac, Nora Arnezeder, Pierre Richard, Bernard-Pierre Donnedieu, Maxence Perrin, François Morel, Julien Courbey...

Faubourg parisien, 1936, le Front Populaire vient de se faire élire au gouvernement. Trois chômeurs réinvestissent le music-hall qui les employait afin d'y monter leur spectacle.
Après le succès des "Choristes" (8,5 millions d'entrées), Christophe Barratier était attendu au tournant. Choisissant de nouveau la France passée et la musique comme thèmes, les deux ingrédients qui ont fait le succès de son premier film, Barratier nage en eaux connues et nous concocte un bien joli spectacle.
Les décors, les costumes et la superbe photographie de Tom Stern (un habitué d'Eastwood) rivalisent de beauté. Les prises de vue des faubourgs parisiens sont un pur plaisir pour les yeux (et ce, bien qu'ils soient en préfabriqués). Encore un peu et on se croirait arrivés non loin du "Moulin Rouge".
On peut reprocher au réalisateur la naïveté de son récit, une naïveté déjà présente sur "Les choristes" mais chaque scène est teintée d'une sincérité à laquelle il est difficile de résister.
On se prend au jeu et on se laisse embarquer. Que ce soit Jugnot prêt à tout pour son fils, Merad en quête de la tête d'affiche ou Cornillac, en syndicaliste amoureux, le trois acteurs principaux sont si émouvants qu'il est impossible de ne pas s'attacher. Mais on retiendra surtout Nora Arnezeder, la révélation du film. On l'écouterait chanter sans fin. Et elle forme avec Cornillac, un bien joli couple. Et quel plaisir de voir Julien Courbey enfin sortir de sa banlieue.
Alors Barratier n'en est pas encore au niveau de flamboyance de Baz Luhrmann et son faubourg est un peu trop propre et lisse pour sembler réaliste mais "Faubourg 36" est un pur divertissement. Un plaisir pour les yeux et les oreilles. Il serait dommage de ne pas se laisser bercer par la très belle musique mélancolique de Reinhardt Wagner qui nous replonge dans la vieille France de l'entre-deux guerres.
Tout à fait à l'aise aux commandes d'un film qu'il maîtrise de A à Z, Barratier nous embarque dans cette touchante histoire d'ouvriers français qui se battent pour que le spectacle continue.

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samedi 25 octobre 2008

J'IRAIS DORMIR A HOLLYWOOD *** (en avant-première)

Sorti le: 19/11/08
Réalisateur: Antoine de Maximy
Avec: Antoine de Maximy

Invitée par Allociné à l'avant-première de "J'irais dormir chez Hollywood" réalisé par Antoine de Maximy, j'ai eu la chance de partir à la décourte d'une Amérique plus stupéfiante que jamais. Merci encore Allociné.

Fort du succès de son émission "J'irais dormir chez vous" diffusée sur France 5, Antoine de Maximy l'adapte sur grand écran. Et après bien des destinations, il ne prend pas peur et s'attaque ni plus ni moins à l'Amérique. Le célèbre voyageur nous livre en un court résumé d'une heure quarante, trois mois d'une traversée mouvementée. Muni de ses trois fidèles caméras, le réalisateur, scénariste et acteur de ce film, part à la découverte du peuple américain essayant de se faire inviter chez eux pour dîner voire même pour dormir, histoire d'apprendre et de nous faire apprendre des autres.
Au son d'une excellente bande originale portée par des classiques américains illustrant chaque Etat, de Maximy part de New-York pour se rendre à Hollywood avec le but de, pourquoi pas, dormir chez une star (on vous laisse découvrir s'il a réussi cet ambitieux projet).
Mais "J'irais dormir à Hollywood" est surtout l'occasion de voir la vraie Amérique. Loin des clichés et des préjugés, de Maximy filme la vérité d'un pays qu'on est décidément loin de connaître malgré ce qu'on pourrait croire. Filmant Etat par Etat, alternant scènes hilarantes, émouvantes et effrayantes (la Nouvelle-Orléans est terrifiante), on ne peut ressortir de ce film que la tête pleine de questions pour Antoine de Maximy. On apprend tant en si peu de temps qu'on a qu'une envie, tout voir du périple de Maximy. Vivement la sortie DVD.
On sort de la salle impressionné par son travail, il abat à lui tout seul le travail de toute une équipe technique. Prenant parfois d'énormes risques, il va au bout de son entreprise pour lui et son public. On se met à souhaiter non pas une suite mais un autre épisode tout aussi long dans un autre pays tant on ressort enrichi d'une telle expérience. On aura jamais eu autant cette impression de pénétrer au coeur de l'Amérique. Une Amérique pauvre, violente et désinformée (il faut voir ce que certains pensent de l'actualité française. C'est à la fois drôle et effrayant!).
Alors allez voir ce film pour rire mais surtout pour découvrir les Etats-Unis avec l'oeil neuf et l'esprit avide de découvertes d'un Antoine de Maximy tout bonnement admirable.

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vendredi 24 octobre 2008

CLARA SHELLER (Les deux premiers épisodes de la saison 2)

Sorti le: bientôt sur France 2.
Réalisateur: Alain Berliner sur un scénario de Nicolas Mercier
Avec: Zoé Felix, Patrick Mille, François Vincentelli, Cécile Cassel... (mais aussi Charlotte de Turckeim, Bernard Lecoq, et Annie Duperey...)

Invitée par Allociné à assister à l'avant-première des deux premiers épisodes de la saison 2 organisée par France 2, c'est avec plaisir que le temps d'un article, je disserte sur le cas de "Clara Sheller".

Difficile de donner un second souffle à une série abandonnée par tous ses acteurs partis se consacrer à leur carrière cinématographique. Mais impossible n'est pas français.
On avait laissé Clara Sheller, journaliste de son état, dans les bras de Gilles, son charmant voisin. J.P, le colocataire et meilleur ami gay de Clara se résignant à lui laisser, bon copain. On la retrouve trois ans après toujours avec Gilles et toujours fourrée chez J.P. Mais des soucis professionnels la guettent en la personne d'une nouvelle collègue et Gilles ne supporte plus ses mensonges, conséquence de son manque de maturité.
Nicolas Mercier n'avait pas la tâche facile. La fin de la saison 1 semblait boucler la boucle et difficile d'attirer le public avec de nouveaux visages pour les mêmes personnages.
Mais le scénariste a su conserver la fraîcheur de la première saison, on rit de bon coeur à la maladresse de Clara et aux mésaventures de J.P. Mais si la série est toujours aussi légère et délurée, ça n'empêche pas Mercier d'aborder des thèmes plus graves allant même plus loin que dans la saison 1. Mais le suspens doit rester entier, l'envie de regarder la suite est en tout cas bien palpable. Il faut dire que Mercier est bien aidée par une troupe d'acteurs impeccables. Zoé Felix a la lourde tâche de remplacer Mélanie Doutey, elle en fait parfois trop, sentant sûrement la pression de la reprise sur ses épaules mais elle s'en sort dignement. Elle est drôle, sexy et elle prend à n'en pas douter beaucoup de plaisir à jouer Clara. Mais on ne peut pas parler de ce début de seconde saison sans évoquer les excellents seconds rôles. François Vincentelli remplace sans peine Thierry Neuvic dans le rôle de Gilles, lui conférant une touche plus glamour et le rendant plus sincère mais la meilleure reprise est celle de Patrick Mille. Le rôle de J.P lui va comme un gant, il est tout aussi bon voire même mieux que Frédéric Diefenthal. Les scènes qu'ils partagent avec Edouard Collin, (Brad, bientôt culte) sont hilarantes. Tout comme les apparitions de Charlotte de Turckeim et de Bernard Lecoq, parfaits dans les rôles respectifs de la mère de J.P et le père de Gilles.
"Clara Sheller" n'est pas la série du siècle, dans le genre trentenaire en quête de l'amour, on préférera toujours "Sex and the city" mais c'est rafraîchissant et plein d'humour.

Générique
Extrait (Clara et J.P à une exposition des sculptures de Gilles)

jeudi 16 octobre 2008

LA LOI ET L'ORDRE *

Sorti le: 08/10/08
Réalisateur: Jon Avnet
Acteurs: Robert De Niro, Al Pacino, Carla Gugino, John Leguizamo, Curtis Jackson...

Alors qu'ils se rapprochent de la retraite, deux flics coéquipiers et meilleurs amis, se lancent sur la piste d'un serial killer. Les victimes de ce dernier étant des criminels à peine libérés, on pense bientôt que le meurtrier recherché est un policier.
Al Pacino et Robert De Niro rêvaient de jouer ensemble depuis de nombreuses années. Frustrés de ne partager aucune scène dans le second volet du "Parrain" et de n'être réunis que le temps d'une scène dans "Heat" de Michael Mann, les deux acteurs prennent un grand plaisir à pouvoir enfin se donner la réplique.
Jon Avnet réalise donc le souhaiter de ces deux monstres sacrés du cinéma américain et par là même, celui d'un large public. Nul besoin d'être un cinéphile avisé pour désirer assister à cette rencontre au sommet.
Prenant un plaisir non dissimulé, De Niro et Pacino nous en donnent, semblant avoir fait ça toute leur vie. C'est drôle et même presque touchant de les voir se soutenir, se vanner, ou se prendre la tête comme de vieux amis. Mais si on ne ressort pas frustrés quant à leur duo, le scénario est d'une platitude extrême. Le cast est cool (même Curtis "50 cent" Jackson est crédible) mais l'intrigue est une grande plaisanterie, on la croirait tout droit sortie d'une série policière type "New York, section criminelle" (et encore même les scénarios de ce type de série sont de meilleurs qualités). Et que dire de la fin, plus que prévisible!
Quant à voir Pacino en flic cool calmant le nerveux De Niro, c'est intéressant mais insuffisant. Dommage que le script n'ait pas été à la hauteur des acteurs.
Il n'y a pas grand chose à dire de plus. L'histoire est bateau et sans relief mais ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir de si grands acteurs réunis sur le même écran donc on va quand même le voir.

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mercredi 15 octobre 2008

VICKY CRISTINA BARCELONA **

Sorti le: 08/10/09
Réalisateur: Woody Allen
Avec: Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Javier Bardem, Penelope Cruz...

Vicky s'apprête bientôt à vivre la vie tranquille qu'elle a toujours rêvée d'avoir auprès de son fiancée. Avant de franchir le pas, elle part en vacances en Espagne avec son amie Cristina, plus instable en amour toujours en quête de soi-même. A Barcelone, elles rencontrent un peintre catalan qui bouleverse leurs conceptions respectives de l'amour.
Faisant se confronter deux visions opposées de l'amour, la cérébrale contre la passionnée, Woody Allen ne fait que poursuivre le travail déjà entamé depuis de longues années. Si le sujet est intéressant, il est difficile d'accrocher avec le contexte dans lequel il le place.
Le célèbre réalisateur semble s'être entiché de l'Europe au point de ne plus vouloir la quitter. Après Londres, c'est Barcelone qui devient le théâtre de ses nouvelles réflexions sur l'amour. Mais l'Espagne paraît moins seoir au réalisateur que les pays anglo-saxons. Si après avoir fait le tour de New-York, Londres faisait souffler un vent de fraîcheur sur sa filmographie, la ville catalane, si jolie soit-elle, n'était peut-être pas le bon choix. Véritable carte postale, le film nous fait découvrir les belles régions espagnoles (sublime parc Güell conçu par Gaudi), et la joie d'y vivre mais le pays ibérique ne vaut pas la grosse pomme ou La City pour s'épancher sur les pensées névrosées d'artistes paumés. Woody Allen, l'intellectuel à lunettes, l'auteur new-yorkais par excellence, ne trouve pas sa place au sein de la fougue espagnole. Il disserte philosophiquement là où il devrait laisser éclater son côté sanguin.
Europe rimant avec Scarlett Johansson, l'actrice retrouve Allen pour un troisième film. Cette dernière et ses partenaires ne sont coupables d'aucune fausse note. Ce sont de véritables personnages made in Woody Allen, névrosées jusqu'à la moelle mais on aurait aimer sentir le feu brûler en eux. Surtout quand on passe ses vacances dans un lieu si latin. Seul le rôle de Pénélope Cruz définitivement meilleure en Europe qu'aux USA, parvient à nous faire vivement réagir.
Bavard, drôle (comme "Scoop"), cynique (moins que "Match point" quand même)... "Vicky Cristina Barcelona" réunit tous les ingrédients d'un bon film de Woody Allen mais la sauce ne prend pas. Il est peut-être temps pour le réalisateur d'arrêter ses escapades européennes et de rentrer à la maison. Il y a sûrement un coin de NY qu'il ne nous a pas fait visiter.

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lundi 6 octobre 2008

PRESIDENTS MADE IN HOLLYWOOD

Documentaire de 52 minutes réalisé par Ch arles Antoine de Rouvre, et écrit par Jacques Braunstein et Clovis Goux.
Diffusé sur TCM (Turner Classic Movies) (canal 108 sur la TNT)

Invitée le jeudi 2 octobre par TCM, j'ai eu la chance de voir ce documentaire en avant-première dans les locaux même de la chaîne. Merci encore pour cette invitation, TCM.

43 présidents se sont succédés à la tête des Etats-Unis depuis sa naissance en 1776. Le cinéma américain a dès ses débuts exploité cette figure emblématique dans ses films. Quasiment absent des écrans français (quel autre film que "Président" de Lionel Delplanque a pour héros le chef d'état?), Hollywood fait régulièrement du leader des USA, le héros de ses longs-métrages.
Tour à tour, héros de sa nation, bon père de famille, politicien corrompu... Le cinéma a plus d'une fois mis en scène les différentes facettes de cet homme hors du commun.
Pourquoi ce personnage politique déserte-t-il le cinéma français? Peut-être faut-il y voir les conséquences de nos Histoires si différentes? Si la France a connu, subi et aboli la monarchie, l'Amérique n'a jamais été gouvernée par un roi. Le président américain est le seul représentant de la puissance publique qui se rapproche le plus d'un souverain pour le peuple américain. La France a fait le deuil et ne souhaite plus revoir ce genre de dirigeant, les Américains ont semble-t-il des besoins divergents. Peut-être peut-on y voir la raison de sa forte présence au cinéma.
A l'approche des élections présidentielles américaines, ce documentaire réalisé en partenariat avec TCM retrace chronologiquement la représentation de ce chef d'état dans les films d'Hollywood. Plusieurs questions sont posées. Quel rôle joue la Mecque du cinéma dans la vision qu'a le public du président des Etats-Unis? A-t-elle le pouvoir de faire pencher la balance en faveur de l'un des candidats?
N'oublions pas qu'Hollywood comme toutes les cités mères du cinéma est une entreprise. Une industrie qui fabrique du rêve, certes mais qui reste tout de même une entreprise. En faisant du président, un héros à l'éloquence sans égal (tout le monde se souvient de la tirade de Bill Pullman dans "Independance day"), un travailleur actif toujours accompagné de ses conseillers, un homme charismatique, souvent âgé à l'image d'un bon père de famille sincère et aimant, Hollywood fabrique du rêve. Et transforme un acteur en président que le peuple américain rêverait d'avoir.
S'approprier cette puissance publique est aussi l'opportunité pour le cinéma américain de narrer l'histoire d'un de ses personnages récurrents, celui du self made man. Le bon américain moyen arrivé aux cimes du pouvoir à force de travail, et de persévérance.
Le documentaire relate tout ça. On en ressort éclairé sur la vision qu'ont les Américains de leur président. Il est toutefois dommage que le documentaire ne s'intéresse pas à l'avis des étrangers tout aussi concernés par la politique américaine. Il aurait été également très intéressant qu'il développe les coulisses, la face cachée du chef d'état. Le documentaire ne fait qu'aborder le côté obscur de l'homme politique pour tout de suite se recentrer sur son aspect patriarcal. C'est regrettable dans la mesure où il est peut-être l'homme le plus puissant du monde. Mais peut-être qu'un format plus long aurait permis de traiter ce sujet.
Difficile de faire la liste de tous les films mettant en scène le président des Etats-Unis tant il y en a. Mais à l'heure où on attend la sortie de "W", le nouveau film d'Oliver Stone, qui relate la vie de George W. Bush d'avant son élection, il y a fort à parier que ce haut politicien n'est pas prêt de déserter les écrans.

Résumé et présentation du thème + liste de tous les intervenants sur le site TCM


Les diffusions du documentaire:
vendredi 17 octobre à 23h30 /
jeudi 23 octobre à 19h45 /
lundi 27 octobre à 19h45 /
mercredi 29 octobre à 23h50 /
samedi 1er novembre à 20h45 /
dimanche 2 novembre à 19h45.


Bande annonce du documentaire



Trouvez ici, le lien vers la liste des films traitant des présidents made in Hollywood, diffusés tout au long du mois d'octobre (si vous n'êtes pas abonné à la chaîne TCM, profitez qu'elle soit en clair durant tout le mois).

ENTRE LES MURS ****

Sortie : 24 septembre 2008
De : Laurent Cantet
Avec : François Bégaudeau, Franck Keita, Esmeralda Ouertani, Rachel Régulier, Boubacar Touré, Wei Huang, Louise Grinberg, Carl Nanor...

Lauréat de la Palme d'or au 61ème Festival de Cannes, Entre les murs relate l'année scolaire d'un prof de français enseignant dans un collège difficile de Paris dans une classe de quatrième. Sean Penn, président du jury a dit avoir voulu récompenser le film qui s'inscrirait le plus dans l'actualité. Si l'ambiance, les jeunes et leur langage... sont plus que jamais d'actualité, le thème du film est universel et intemporel. Car avant toute chose, c'est de communication que le réalisateur entend parler. Et en matière de nuances dans le dialogue, la langue de Molière est la reine. Après deux heures de joutes verbales entre le prof et ses élèves, on ne sait toujours pas si le film méritait une telle récompense (même si dans un élan de chauvinisme, on est bien heureux de cette récompense), mais Laurent Cantet n'aurait pas obtenu ce prix suprême, qu'Entre les murs resterait un excellent film.
Réalisateur définitivement porté sur le social (on se souvient de Ressources humaines), Laurent Cantet filme toute une année scolaire avec tout ce qui la compose (contrôles, réunions de profs, rencontres parents-professeurs, conseils de classe...) sans jamais prendre le parti de qui que ce soit. La caméra se promène du prof à l'élève les filmant sur un pied d'égalité. François Bégaudeau comme chaque élève est d'un naturel confondant (des perturbateurs au fond de la classe aux filles à la tchatche incontrôlable). Ultra-réaliste, le film flirte souvent avec le documentaire, l'adaptation du livre éponyme de François Bégaudeau aidant (réellement prof en dehors des plateaux, ce dernier sait donc de quoi il parle). L'insolence des jeunes dépasse souvent les limites mais on ne peut s'empêcher de s'attacher à certains, plus têtes de mules que méchants. Cantet n'oubliant pas de préciser tout en subtilité, qu'ils ne sont que des ados en quête de reconnaissance, des ados errant dans une société peu aidante et démunis face à des parents qui laissent le plus gros travail de l'éducation au prof. Mais si le réalisateur fait la part belle aux élèves, il livre surtout avec Entre les murs, une ode au métier de professeur. On ressort du film plein de compassion pour le corps enseignant et spécialement pour ce genre de profs à la patience maintes fois éprouvée, mettant leur vocation au banc d'essais chaque jour de cours. On rit de certains échanges, le prof ne déméritant pas face à sa classe en matière de répartie. On s'émeut du destin de certains élèves. Les scènes des autoportraits (idée tout bonnement géniale) nous dévoile toutes les conséquences néfastes de l'absence de dialogue entre les gens. Celui de Wei est le plus touchant et le plus révélateur. Cantet, en plus d'avoir permis à la France de remonter sur la plus haute marche du podium à Cannes, nous livre son film le plus réussi ayant su faire s'accorder la fougue d'une trentaine de jeunes survoltés et la passion d'un prof de français qui ne décroît jamais.