jeudi 27 août 2009

UN PROPHETE ****

Sortie: 26 août 2009
Réalisateur: Jacques Audiard
Avec: Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif, Reda Kateb, Hichem Yacoubi, Leïla Bekhti...

A son arrivée en prison, Malik, à peine majeur et analphabète, entre malgré lui au service de César, chef mafieux corse respecté. Mais au fur et à mesure de ces six années de détention, Malik se trouve et se construit sa propre place.

Adepte d'une réalisation subtile, sans fioritures, Audiard s'en est enfin vu récompensé au dernier festival de Cannes. Lauréat du Grand Prix, le cinéaste français a bien mérité cet honneur.
Sa sincérité transparaissant à chaque instant à l'écran et son aptitude à trouver des acteurs capables de se surpasser émotionnellement en font un réalisateur indispensable au cinéma français. Une Palme d'Or n'aurait pas été de trop.
Souvent décrit comme un film dur, "Un prophète" ne regorge pas non plus de scènes chocs. En matière de trash et de gore, on a vu pire. Mais finalement, il mérite bien ce qualificatif. Car tel un oisillon tombé de son nid, Malik, jeune homme seule et apeuré, se retrouve malgré lui entre les griffes acérées de César, rapace féroce et sans scrupules. Niels Arestrup, absolument terrifiant, est impeccable dans la peau de ce chef mafieux corse usant de la supposée faiblesse de Malik. Supposée car derrière son analphabétisme se cache une volonté, une patience, et finalement une intelligence naturelle sans pareilles. Prenant son temps, s'éduquant, utilisant toutes les ressources mises à sa disposition, l'élève finit par dépasser le maître. L'ado terrifié du début déploie ses ailes au contact de l'âpreté même de la vie. "Un prophète" n'est pas un film sur la prison mais un film sur une naissance. Celle d'un jeune homme que la vie maltraite et qui finit par prendre sa revanche. Peu importe les moyens mis en oeuvre. Mais l'ascension de Malik n'aurait pas été aussi incroyable si Tahar Rahim ne lui avait pas prêté ses traits. Acteur inconnu quasi inexpérimenté, il se plante devant Arestrup et ses quarante ans de métier tel un David face à Goliath et lui donnerait presque une leçon. Il a tout simplement le métier dans le sang.
Saisissant, émouvant de bout en bout, le film atteint son apogée lors des scènes de permissions. A chaque sortie, la musique d'Alexandre Desplat retentit et notre gorge se serre. Malik trempe ses pieds dans la mer, Malik flâne dans une station service, Malik dîne avec son meilleur ami. Jamais de si simples instants de liberté n'auront été aussi bouleversants. Malik savoure en silence ces moments qui atteignent leur apogée lors d'une scène d'avion où il dévore une madeleine qui n'a vraiment rien à envier à celle de Proust.

Plus d'infos sur ce film

lundi 24 août 2009

INGLOURIOUS BASTERDS ****

Sortie: 19 août 2009
Réalisateur: Quentin Tarantino
Avec: Brad Pitt, Mélanie Laurent, Diane Kruger, Christoph Waltz, Eli Roth, Michael Fassbender, Daniel Brühl, Julie Dreyfus...

Seconde guerre mondiale. Tandis que Shosanna, jeune juive, tente de venger le massacre de sa famille, une bande de soldats américains "Inglourious Basterds" scalpent tous les nazis leur barrant la route.

Chaque film de Quentin Tarantino est un évènement. Toujours de passage sur la Croisette, il eut cette année l'honneur de voir son nouveau film parmi ceux en compétition officielle. S'il ne remporta pas la palme d'or, le film fut tout de même récompensé. En effet, Christoph Waltz remporta le prix d'interprétation masculine pour son rôle du colonel Landa, détective nazi polyglotte dont la spécialité est de chasser les juifs. Prix totalement justifié tant sa présence à l'écran vous glace. On s'inquiète pour nos agents doubles eux-mêmes apeurés de se faire démasquer. Dans le rôle des différents résistants, on retrouve Brad Pitt, leader des inglourious basterds. Comme un poisson dans l'eau dans l'univers tarantinesque n'a jamais été aussi hilarant. Son humour atteignant des sommets lorsqu'il doit pour les besoins d'une infiltration parler italien avec son accent du Sud des Etats-Unis. Dans le camp des femmes, si Diane Kruger est plus belle que jamais, c'est Mélanie Laurent qui retient toute notre attention tant son personnage mériterait un film à lui tout seul. L'actrice française interprète Shosanna et est fantastique en jeune juive motivée par la vengeance. Le thriller glamour lui sied à merveille.
Si les sueurs froides sont en grande partie dues à Waltz, d'autres facteurs viennent s'y ajouter. Ainsi la musique répond parfaitement à la tension palpable tout du long et vient en amplifier les piques (tel la scène où Shosanna se retrouve à la même table que Landa, responsable de la mort de sa famille). Fidèle à son genre préféré, Tarantino film son histoire de guerre à la manière d'un western, en utilise les codes et la musique, et les deux genres cinématographiques finissent par s'accorder à merveille. Tant qu'on s'attend presque à voir surgir Clint Eastwood d'un coin sombre.
Tarantino revisite l'histoire, mais peu importe puisqu'on connaît la vraie. Et le but ici n'est pas d'assister à un cours mais de découvrir à une résistance revue par l'enfant terrible du cinéma. Un gosse de 46 ans qui à chaque film exprime son amour pour le grand écran et distille en vous ce même amour.

Plus d'infos sur ce film

vendredi 14 août 2009

NEUILLY SA MERE ***

Sortie: 12 août 2009
Réalisateur: Gabriel Julien-Laferrière
Avec: Samy Seghir, Jérémy Denisty, Rachida Brakni, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Valérie Lemercier, Armelle, Olivier Baroux, Joséphine Japy, Mathieu Spinosi, Booder, Ramzy Bedia...

Sa mère ayant trouvé un travail sur le Queen Elisabeth, Samy doit quitter sa cité de Châlon pour aller vivre chez sa tante qui habite Neuilly. Un total dépaysement pour l'ado.

Surfant sur l'opposition cités et banlieues chics, Laferrière se joue des clichés et nous livre une gentille comédie familiale. Dénonçant à gros coups de caricatures les stéréotypes véhiculés par les médias, on sent bien chez "Neuilly sa mère", la patte de Djamel Bensalah, irrévérencieux réalisateur du "Ciel, les oiseaux et ta mère".
Mais le scénario complètement prévisible semble grandement s'inspirer de "La vie est un long fleuve tranquille" sans pour autant égaler son insolence. En effet, "Neuilly sa mère" tente de dénoncer les préjugés mais son laxisme en matière d'impertinence lui fait rater le coche. Mais peu importe, on passe une heure trente à rire en compagnie d'acteurs incroyables. On adorera Samy Seghir, aussi adorable que dans "Michou d'Auber" et "Big City", et Denis Podalydès épatant en riche entrepreneur très porté sur les bonnes manières (sauf quand il croise son-ex femme). Mais mention spécial à l'hilarant Jérémy Denisty, Charles le cousin par alliance de Samy. Ce dernier déjà excellent dans "Nos jours heureux" dans le rôle de Timothy (l'éloquent aristo) pousse ici son jeu un peu plus loin. Il y a de fortes chances que le chemin vers une longue carrière soit court pour le jeune acteur. La relève du cinéma français est assuré.

Plus d'infos sur ce film

mardi 11 août 2009

JUSQU'A TOI *

Sortie: 29 juillet 2009
Réalisateur: Jennifer Devoldère
Avec: Mélanie Laurent, Justin Bartha, Valérie Benguigui, Billy Boyd, Eric Berger, Géraldine Nakache, Arié Elmaleh, Maurice Bénichou...

Un Américain qui vient de gagner un séjour à Paris égare sa valise à l'aéroport. Une jeune journaliste rêveuse la récupère par hasard et tombe amoureuse de son propriétaire en découvrant son contenu. Elle décide alors de lancer un jeu de piste pour qu'il puisse la retrouver.

Premier long-métrage d'une toute jeune réalisatrice, "Jusqu'à toi" a malheureusement le défaut de ses qualités. Cette comédie romantique qui se veut légère et décalée perd le spectateur à force de l'être justement. Voulant surfer sur ce qui a fait le succès du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain", la réalisatrice ne réussit jamais à en égaler le charme et la subtilité.
Mélanie Laurent et Justin Bartha sont charmants mais les décors et les seconds rôles moins travaillés que chez Jean-Pierre Jeunet n'aident pas le couple à prendre son envol et ne nous aident pas à nous prendre au jeu. Seul l'idée d'amour transfrontalier rattrape les erreurs de la cinéaste. Mais étant donné que c'est ici une première oeuvre, il faut être indulgent et quelques qualités sont à noter. Alors, outre le charme des héros, on appréciera la prestation de Maurice Bénichou, la bande-son en total adéquation avec l'atmosphère du film et l'humour d'Arié Elmaleh. Et comme c'est en forgeant qu'on devient forgeron, le deuxième essai pour Jennifer Devoldère sera peut-être plus concluant.

Plus d'infos sur ce film

dimanche 9 août 2009

G. I. JOE - Le réveil du cobra *

Titre original: G. I. Joe - The rise of the cobra
Sortie: 5 août 2009
Réalisateur: Stephen Sommers
Avec: Channing Tatum, Marlon Wayans, Sienna Miller, Rachel Nichols, Adewale Akinnuoye-Aqbaje, Saïd Taghmaoui, Arnold Vosloo, Dennis Quaid, Joseph Gordon-Levitt, Byung-Hung Lee...

Doté des dernières trouvailles technologiques, les Joe sont une unité d'élite chargée de défendre le monde contre tous les terroristes qui la menacent. Ici, elle devra déjouer les plans de Destro, le dirigeant de Mars, une puissante compagnie d'armement alliée à Cobra, une mystérieuse organisation terroriste.

Inspiré de célèbres figurines crées par Hasbro en 1964 qui s'inspira d'une bande-dessinée de 1942, "G. I. Joe" permet à Stephen Sommers de revenir derrière la caméra après cinq ans d'absence (sa dernière réalisation étant "Van Helsing"). Etant certainement l'un des meilleurs réalisateurs de films d'action, Sommers oublie très vite qu'il a à faire à une transposition des aventures de poupées et nous livre le blockbuster de l'été. Le scénario a beau être prévisible à des kilomètres, on se délecte devant ce spectacle pyrotechnique. Ceux qui viennent chercher du subtile seront déçus, mais ceux qui veulent de l'action seront servis. On ne s'ennuie pas une seule seconde, les Joe ne nous laissent aucun répit, enchaînant les cascades et les missions périlleuses. Si aucun des acteurs engagés ne fait part d'un grand talent (on préférera par exemple Sienna Miller dans ses films indépendants), chacun paraît saisir la chance de faire partie du casting, totalement conscient de l'opportunité d'être ainsi exposés sur le devant de la scène. De plus, il est très agréable de retrouver Saïd Taghmaoui (acteur français nationalisé américain), preuve vivante que le rêve américain existe. Comme on adorera Dennis Quaid qui semble exulter de jouer ce rôle de chef militaire si caricatural.
En outre, les scènes se déroulant à Paris (elles ont en faites été réalisées à Prague) sont si réalistes que voir tomber la Tour Eiffel nous déchireraient presque le coeur.
Alors si dans le genre blockbuster, "Star Trek" remporte toujours le titre du meilleur de l'année, "G. I. Joe" remporte celui du plus divertissant de l'été. Spectaculaire et drôle, on est pressé de voir la suite.

Plus d'infos sur ce film

lundi 3 août 2009

VICTORIA : les jeunes années d'une reine ***

Titre original: The young Victoria
Sortie: 22 juillet 2009
Réalisateur: Jean-Marc Vallée
Avec: Emily Blunt, Ruper Friend, Paul Bettany, Mark Strong, Miranda Richardson, Jim Broadbent, Thomas Kretschmann...

Les jeunes années de celle qui détient encore le record du règne le plus long d'Angleterre. Ou comment la reine Victoria a su résister à la régence et s'imposer très vite après son couronnement.

Produit par Martin Scorsese et la duchesse d'York, Sarah Ferguson en personne (les plus connaisseurs pourront d'ailleurs reconnaître sa fille, la princesse Béatrice d'York dans un court passage lors de la scène du couronnement), cette reconstitution des premières années de la reine Victoria remplit à merveille les codes des films d'époque. Très beaux costumes, splendides décors, on s'y croirait presque.
L'incroyable casting aide également à créer cette impression. Composé de grands acteurs anglais, que ce soit le toujours très nuancé Mark Strong, ou l'inimitable Jim Broadbent, chacun apporte sa pierre à l'édifice. Cependant, Emily Blunt, définitivement l'une des plus prometteuses actrices de sa génération, et Ruper Friend domine l'ensemble, de par leur jeu subtile et leur alchimie palpable. Sans forcément former un couple qui marquera l'histoire du cinéma, ils confèrent à Victoria et Albert, une sincère candeur et une fraîcheur qui les rend très attachants. Car la célèbre souveraine n'a pas toujours été cette vieille veuve à l'allure sévère, image que tout le monde s'est faite d'elle aujourd'hui.
S'il est très intéressant de se concentrer sur la formation de ce couple, Albert insufflant à Victoria une force et des idées qui révolutionneront l'Angleterre, il est dommage que ces évolutions tant sociales qu'industrielles ne soient pas plus mises à l'honneur. Mais on n'en tiendra pas rigueur à Jean-Marc Vallée, car pour un Québécois, ne se sentant donc pas nécessairement concerné par l'histoire de la royauté anglaise, c'est un bien joli hommage qu'il rend à la plus importante de ses reines.


Plus d'infos sur ce film

samedi 1 août 2009

HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG-MÊLE **

Sortie : 15 juillet 2009
De : David Yates
Avec : Daniel Radcliffe, Emma Watson, Ruper Grint, Michael Gambon, Alan Rickman, Maggie Smith, Bonnie Wright, Jim Broadbent, Helena Bonham Carter, Tom Felton...

Alors que Voldemort est officiellement de retour, Harry entame une nouvelle année à Poudlard. Il devient grâce à un manuel de potions trouvé par hasard et ayant appartenu au mystérieux prince de sang-mêlé, le premier de sa classe en la matière et tente sur demande de Dumbledore de percer le secret du nouveau professeur qui l'enseigne, Horace Slughorn.

Couleurs taupes, mauvais temps, sombre atmosphère. Le réalisateur David Yates a beau tout tenté pour donner l'impression d'une mauvaise ambiance, rien n'y fait. Si Alfonso Cuaron et Mike Newell (respectivement réalisateur du Prisonnier d'Azkaban et de La coupe de feu), avaient su faire évoluer la saga la rendant plus adulte et obscure, ils avaient réussi à conserver la part de la magie qui la caractérise. Yates, lui, a beau reprendre les mêmes clés. La magie n'opère point ici. Le charme était déjà absent de L'ordre du phoenix (qu'il a également réalisé) et quand on sait que c'est lui qui dirigera Les reliques de la mort (qui fera l'objet de deux films), on craint le pire.
Le prince de sang-mêlé plaira certainement à ceux qui n'ont jamais touché les livres mais pour les fans de J. K. Rowling, la déception ne peut être qu'au rendez-vous. Hanté du début à la fin par le souvenir du roman, on ne peut s'empêcher de remarquer toutes les injures qui lui sont faites. Epuré, osons même le dire, censuré, l'oeuvre de l'écrivain et notamment sa fin perd tout de son caractère bouleversant. Occulter l'hécatombe dont souffre Poudlard et imposer à Harry de se remettre en quelques instants de l'énorme perte qu'il a subi prouve bien que Yates et les scénaristes n'ont pas su saisir la portée déchirante de cet épisode. Le prince de sang-mêlé étant sûrement le tome le plus déterminant et le plus traumatisant de la saga.
Seul point positif. L'excellent choix des seconds rôles. Ainsi Jessie Cave qui incarne Lavande, l'amoureuse transie de Ron, est hilarante. Et les deux acteurs choisis pour incarner Voldemort à deux âges différents sont parfaits. Hero Fiennes Tiffin (11 ans et accessoirement neveu de Ralph Fiennes) et Frank Dillane (16 ans) confèrent comme il faut à leur personnage, la troublante impression qu'il laisse constamment. Prometteur.
Alors on attend tout de même la suite rêvant d'un réveil brutal de la part de Yates. Et rêvant que les studios comprennent enfin que Harry Potter n'est pas une oeuvre uniquement destinée aux enfants. Et surtout Qu'occulter des scènes jugées trop violentes ne rend pas justice au travail accompli par J. K. Rowling et désavoue son génie.

Plus d'infos sur ce film

samedi 25 juillet 2009

WHATEVER WORKS ***

Sortie: 1er juillet 2009
Réalisateur: Woody Allen
Avec: Larry David, Evan Rachel Wood, Ed Begley Jr, Patricia Clarkson, Henry Cavill...

Un vieux scientifique aigri et cynique retrouve un peu la joie de vivre auprès de Melody, une jeune fille un peu bête en cavale qu'il a recueilli.

Qu'il était temps que Woody Allen revienne à New York. Pas que son escapade européenne ait été si désagréable, "Scoop" était assez drôle. Mais loin de la grosse pomme, on avait l'impression que le réalisateur avait quelque peu perdu de sa superbe. Ses comédies bavardes sur le sens de a vie avaient laissé place à des histoires plus pessimistes. Comme si Allen, sans s'en rendre compte, avait le mal du pays. Car de retour à NY, le style si particulier du réalisateur refait surface. "Whatever works", réjouissante petite comédie nous fait renouer avec l'ancien Woody pour notre plus grand plaisir. Qu'il est bon de disserter sans fin tout en marchant dans les rues ensoleillées de NY. Larry David (idéal substitut de Woody) adore ça, et même si son flot de paroles incessant nous saoulent à quelques reprises, ses échanges avec Evan Rachel Wood, sur la chance qui gouverne nos vies notamment, sont drôles, instructifs et donnent à réfléchir. Du pur Allen, en somme. Mais que serait le film sans Patricia Clarkson, absolument savoureuse dans le rôle d'une mère coincée du Sud qui verra toutes ses convictions bouleversées par des rencontres improbables dans la mégalopole la plus excitante.
Espérons que Woody Allen, cet optimiste refoulé, ce cynique qui dissimule son romantisme, ne pense pas à quitter NY de nouveau. C'est une trop grande joie de le retrouver.

Plus d'infos sur ce film

samedi 11 juillet 2009

PUBLIC ENEMIES **

Sortie: 8 juillet 2009
Réalisateur: Michael Mann
Avec: Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, Billy Crudup, Jason Clarke, Giovanni Ribisi, Stephen Graham, David Wenham, Branka Katic...

Années 30, John Dillinger est braqueur de banques. Très doué dans ce domaine, il est nommé ennemi public n°1 par Edgar J. Hoover, le patron du FBI. Dès lors, il sera poursuivi sans relâche par Melvin Purvis récemment nommé directeur du bureau fédéral de Chicago.

La bande annonce de bonne tenue promettait un film de gangsters dans la lignée des grands classiques et la présence de Michael Mann derrière la caméra rassurait (le réalisateur de "Heat", "Collateral" ou encore "Miami Vice" étant un habitué des confrontations bandits-police). Mais finalement point de thriller. Il y a beau avoir des braquages (et encore très peu pour quelqu'un qui en a fait son métier) et de multiples coups de fusils tirés, la réalisation se concentre sur le ressenti et non sur un pur suspense. Dans un premier temps, la déception est grande de ne pas se sentir pris dans l'intrigue. La première partie du film est même presque ennuyeuse. Dillinger braque, Dillinger échappe à la police, Dillinger rencontre Billie Frechette, l'amour de sa vie... Le tout filmé par une caméra numérique spécialement choisi afin de donner plus de réalisme au film. Bref, il ne se passe rien de vraiment excitant (hormis peut-être la scène d'évasion). Puis le bandit commence à jouer de malchance. La roue commence à tourner mais du mauvais sens. Et plus son malheur grandit, plus l'intérêt du spectateur aussi. Purvis prend le dessus et Dillinger est bientôt dépassé malgré son perpétuelle optimisme. La caméra numérique tout autant inutile qu'auparavant est définitivement faite pour les films d'atmosphère et non pas les reconstitutions historiques ou quasi historiques comme peut l'être "Public enemies". La caméra traditionnelle aurait fait meilleur effet. Le public aurait été encore plus émus des belles prestations qui composent le film. Christian Bale, plus mono-expressif que jamais et qui a l'air d'avoir perdu tout charisme ces derniers temps continuent à décevoir. Contrairement à Marion Cotillard et Johnny Depp. Si dans un premier temps, la concentration et la timidité (de jouer avec ) se lisent sur le visage de l'actrice, celle-ci se détend au fur et à mesure et livre au final une très jolie performance. Mais la vraie vedette est Johnny Depp. Ce dernier déploie durant deux heures trente un jeu subtil. E, braqueur élégant et désinvolte, Depp assure, mais c'est en amoureux transi qu'on l'aime le plus. Réellement émouvant, on se demande brusquement pourquoi, personne n'a encore eu l'idée de l'impliquer dans un drame amoureux.
Au final, "Public enemies" ne tient pas ses promesses de film de gangsters. On préférera revoir "Les incorruptibles" de De Palma. Mais Depp sauve en grande partie le film. On semble enfin retrouver l'acteur qui s'était perdu derrière le masque de Sparrow. Espérons que ce retour sera confirmé dans le "Alice in Wonderland" de Tim Burton dans lequel il tiendra le rôle du chapelier fou.

Plus d'infos sur ce film

mercredi 8 juillet 2009

TRANSFORMERS 2, LA REVANCHE *

Titre original : Transformers: Revenge of the fallen
Sortie : 24 juin 2009
Réalisateur : Michael Bay
Avec : Shia Labeouf, Megan Fox, Josh Duhamel, Tyrese Gibson, John Turturro, Ramon Rodriguez, Isabel Lucas...

Le premier était déjà presque de trop. Le deuxième l'est réellement. Après deux heures trente de soupirs d'exaspération, la libération se fait enfin. Que ce soit Shia Labeouf ou Megan Fox, les deux jeunes acteurs, comme tous leurs collègues ne parviennent pas à sauver le film et à nous tirer d'un inexorable ennui. Le scénario, pâle copie du premier opus (les gentils Autobots tentent de sauver l'humanité en combattent de nouveau les méchants Decepticons), ne recèle pas la moindre originalité. Alors les effets spéciaux sont éblouissants comme les previews et autres trailers le laissaient présager mais les 46 robots développés (au lieu des 14 dans le précédent opus) ont beau nous en mettre plein la vue, ce n'est vraiment pas suffisant pour nous coller à notre siège. Jamais ces aliens de métal ne sont attachants, ni même énervants. En matière de robots énervés, on n'a pas encore fait mieux que Terminator.

Plus d'infos sur ce film

mercredi 1 juillet 2009

WEST SIDE STORY ****

Sortie : 1961
Réalisateur : Robert Wise
Avec : Natalie Wood, Richard Beymer, George Chakiris, Rita Moreno, Russ Tamblyn…

Années 60, dans le West Side de NY, les Sharks, bande d’immigrés Portoricains et les Jets, groupe d’Américains, s’affrontent régulièrement mais leurs relations conflictuelles s’aggravent quand Maria, sœur de Bernado, chef des Sharks et Tony, copain des Jets tombent amoureux.

Adaptation ciné du spectacle de Broadway crée en 1957, mai surtout version moderne de la plus célèbre pièce de Shakespeare « Roméo et Juliette, « West Side Story » remporta 10 oscars l’année de sa sortie dont celui du meilleur film, et meilleur réalisateur.
Remettant la comédie musicale au goût du jour tout en lui conférant pour la première fois, une portée dramatique, le film de Wise est aujourd’hui une référence en la matière. Agrémentée de chorégraphies symbolisant la violence des combats, les chansons sont également devenues mythiques. Que ce soit la portée sociale de « America », l’allégresse de « I feel Pretty », le romantisme de « Tonight » et de « Maria » ou l’espérance d’un bonheur futur dans « Something’s coming », chaque chanson vaut les dialogues d’un scénario, chaque chanson nous en apprend un peu plus sur les personnages et la société dans laquelle ils vivent. Car si « West Side Story » est un « Roméo et Juliette » version latine et sixties, il est ég alement l’illustration des difficultés d’intégration des hispano-américains lors de cette décennie.
En afférant à son film un contexte social, Wise l’éloigne définitivement du type des musicals précédents et crée un nouveau genre malheureusement peu repris par la suite.
Autre point fort du film, ses parfaits seconds rôles. Si Natalie Wood et Richard Beymer forment un beau couple (leur rencontre dans une boîte du quartier est définitivement l’un des plus beaux coups de foudre filmé au cinéma), leurs partenaires (George Chakiris, Rita Moreno et Russ Tamblyn) moins la tête dans les nuages et directement impliqués dans le conflit, sont en fin de compte plus attachants. Cela explique sans aucun doute pourquoi Chakiris (Bernardo, chef des Sharks qui avait tenu le rôle de Riff dans la version théâtrale) et Moreno (épouse de Bernardo) ont obtenu les oscars des meilleurs seconds rôles quand Wood et Beymer n’ont pas été récompensés. Mais la palme revient à Rita Moreno. Exceptionnelle, cette dernière vous arrache le cœur. Perdant son amour à cause de celui naissant entre Tony et Maria, elle finit par pardonner et même aider. En vain.
Comédie musicale sur fond social renouvelant le genre et illustration supplémentaire que « Roméo et Juliette » est certainement l’histoire la plus propice à l’adaptation, « West Side Story » est un film à voir absolument.

Plus d'infos sur ce film

Vidéo de « America »
Vidéo de « I feel Pretty »
Vidéo de « Maria »
Vidéo de « Tonight »
Vidéo de « Something’s coming »









dimanche 28 juin 2009

LA VIE EST BELLE *****

A ne pas confondre bien sûr avec "La vie est belle" de Roberto Benigni.

Titre original: It's a wonderful life
Sortie: 1947
Réalisateur: Frank Capra
Avec: James Stewart, Donna Reed, Lionel Barrymore, Henry Travers, H. B. Warner...

George Bailey rêve de parcourir le monde depuis sa plus tendre enfance mais à chaque fois qu'il s'apprête à partir, il y a toujours quelque chose qui l'en empêche. Notamment la reprise de l'affaire familiale "Prêts et constructions" qui permet à des familles sans le sou de devenir propriétaires de leur propre foyer. A la veille de Noël, alors que sa société devient réellement florissante et fait de l'ombre à Henry Potter, le banquier cupide de la ville qui veut la faire fermer, Bailey perd une grosse somme d'argent et pense mettre fin à ses jours. C'est alors que survient un ange, Clarence, en quête de ses ailes, qui va lui faire prendre conscience de l'importance cruciale de son existence.

A la fin de la guerre, Frank Capra, las de l'influence des studios sur ses films crée sa propre société de production, "Liberty films". "La vie est belle" est le premier long-métrage qu'il produit seul, et c'est peut-être la principale raison qui fait de ce film, le meilleur de toute sa prestigieuse filmographie. Aidé par un James Stewart au sommet de son talent, Capra livre un film dont l'influence est encore de mise aujourd'hui. Qui n'a jamais vu, ailleurs que dans ce film, la fameuse scène où l'ange, la veille de Noël, montre au héros ce que son monde serait sans lui. Citons "Family man de Brett Ratner avec Nicolas Cage ou encore le court-métrage de Disney, "Le Noël de Mickey" où Picsou, homme avare et sans scrupules devenait gentil et généreux après avoir rencontré l'esprit de Noël.
"La vie est belle" qui devrait être obligatoire, touche le spectateur directement au coeur et lui fait voir la vie autrement. Le film prônant l'amour, le sacrifice et la générosité au détriment de la cupidité démontre parfaitement que l'argent ne fait définitivement pas le bonheur.
Cette maxime illustrée par des scènes à la limite de la perfection (celle où Mary enfant souffle des mots d'amour à l'oreille sourde de George, celle où tous deux se retrouvent au téléphone avec un ami, puis celle où George fait face pour la première dans sa vie d'adulte à Potter et enfin toutes celles où M. Gower apparaît) trouve son point culminant dans cette scène miraculeuse où le frère de George clôt le film en lui portant un toast: "Un toast à mon grand frère George, l'homme le plus riche de la ville". Capra avait d'ailleurs toujours affirmer que son film n'avait pas été fait pour les professionnels du cinéma mais pour tous ceux qui étaient rejetés par la société. Pour leur dire qu'aucun homme n'était un raté.
"La vie et belle" va au-delà du simple classique, ce film est une leçon de vie brillamment orchestrée. Un des plus beaux films jamais réalisés, si ce n'est le plus beau.





LA-HAUT **** (en avant-première)


Sortie : 27 juillet 2009
De : Pete Doctor et Bob Peterson
Avec les voix : Edward Asner, Jordan Nagai, Bob Peterson, Christopher Plummer, Delroy Lindo,

Carl et Ellie qui se sont rencontrés très jeunes ont une passion commune, l'exploration. Ensemble, ils rêvent de partir à l'aventure et de s'installer près de Paradise Falls (les Chutes du Paradis), en Amérique du Sud mais la vie suit son cours et leur rêve ne se réalise jamais. Jusqu'à ce que Carl, anéanti par la mort de son épouse, et menacé d'expulsion, décide d'accomplir leur vieux projet.

Dixième long-métrage de Pixar et premier à avoir l'honneur d'ouvrir le festival de Cannes, Là-Haut"est certainement l'un des projets Pixar-Disney les plus attendus. L'association de Pete Doctor et de Bob Peterson fait des merveilles. Déjà à l'origine des plus beaux films d'animation (Doctor a réalisé Monstres and co et est l'auteur de l'idée originale de Wall-E tandis que Peterson est le scénariste du Monde de Nemo), ils nous livrent ce qui est certainement le meilleur Pixar réalisé à ce jour. Aussi bien pour les petits que pour les grands, tout le monde y trouvera son compte. Russell, le jeune scout embarqué par hasard dans les aventures de Carl emportera immédiatement l'adhésion des plus jeunes quand Carl sera immédiatement attachant aux yeux des adultes malgré son caractère grincheux.

mardi 23 juin 2009

La critique des BEAUX GOSSES ***

Sortie : 10 juin 2009
De : Riad Sattouf
Avec : Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Alice Tremolières, Julie Scheibling, Noémie Lvovsky, Irène Jacob, Emmanuelle Devos...

Dans un collège de Rennes, les premiers émois amoureux d'Hervé et de Kamel, les meilleurs amis du monde.

En compétition à Cannes 2009 dans la catégorie, la quinzaine des réalisateurs, Les beaux gosses est l'oeuvre de Riad Sattouf, auteur de bandes dessinées à succès dont La vie secrète des jeunes et Retour au collège dont il s'est inspiré pour son film. Se prêtant au rôle de réalisateur pour la première fois, le jeune cinéaste a les honneurs de Cannes et d'une presse dithyrambique. Il faut dire que loin d'embellir ses héros, Sattouf tend à un certain réalisme dont il grossit un maximum les traits afin de faire de ses ados, des loseurs intégraux.
A l'opposé des ados mannequins en mode Paris 16ème de Lol (très drôle mais définitivement pas réaliste), Hervé et Kamel sont presque laids, attardés, se moquent de leurs camarades qui leur rendent la pareille et font face à des parents et à des profs aussi déjantés qu'eux si ce n'est plus...Mais comme on a tous eu un Hervé ou un Kamel dans notre classe (si nous n'avons pas été comme eux, nous-mêmes), ils sont du coup très attachants et on se surprend à les soutenir dans leur quête. Cependant plus doués pour se faire jeter que pour séduire, les deux amis ont bien du mal à trouver ce qu'il cherche, jusqu'à ce qu'Aurore, une des filles les plus populaires de la classe jette son dévolu sur Hervé. Celui-ci aux débuts, loin de comprendre, finit dans ses bras et s'ensuit une série de sketchs voyant un Hervé, maladroit qui doit à la fois, composer avec sa nouvelle petite amie, son meilleur pote amoureux de la meilleure amie d'Aurore, et une mère dépressive et collante. Une mère interprétée par une savoureuse Noémie Lvovsky, aussi folle que son fils (peut-être même plus) mais surtout hilarante grâce à une absence total de tabous et de pudeur.
Les jeunes acteurs sont incroyables, à la fois drôles sans être caricaturaux, et touchants sans tomber dans le mélodrame. Sattouf a eu du flair en les choisissant. Le film est presque trop court, on aimerait voir la suite de leurs aventures, et surtout ils nous donnent envie de (re)lire les bandes dessinées du maître d'oeuvre.
Les beaux gosses est une vraie réussite. Drôle, touchant (surtout vers la fin), réaliste, ce teen movie plus trash que Lol et plus réaliste qu'un American pie livre un portrait de l'ado tel qu'il est réellement. Moche, bête, obsédé, paresseux, mais sur la voie de l'évolution (normal, il a 15 ans).


LASCARS **

Sortie: 17 juin 2009
Réalisateur : Albert Pereira Lazaro et Emmanuel Klotz
Avec les voix de: Vincent Cassel, Izm, Diane Kruger, Fréférique Bel, Omar et Fred, Gilles Lellouche, Hafid F. Benamar, Diam's, Vincent Desagnat, François Levantal, Eric Judor...

Tony Merguez et José Frelate, la dream team du ghetto, rêvent de partir en vacances mais arnaqués par l'agence de voyages, ils se retrouvent obligés de rester à la cité tout l'été. Afin de partir pour de bon, ils tentent par tous les moyens de se renflouer mais quand Tony décide de jouer les Tony Montana, les choses tournent mal.
Crées par Alexis Dolivet, Laurent Nicolas, Numéro 6, Cap1, Lucien Papalu et Izm (qui prête également sa voix à José Frelate), "Les lascars", avant d'être le film qu'on connaît aujourd'hui, est une série d'animation constituée d'épisodes d'une minute environ et racontant le quotidien de jeunes de banlieue. La série, enfin porté à l'écran après des années d'essais infructueux, est remise entre les mains d'Albert Pereira Lazaro et Emmanuel Klozt, tout droit sortis de l'école des gobelins pour son adaptation ciné. Les deux réalisateurs procèdent à un mélange de 2D et de 3D du meilleur effet. Le ton visuel du film dans un premier temps déroutant, rend le dessin ultra vivant et du coup, prenant. Bon point également pour le scénario. Jamais stigmatisés, les jeunes de cités sont toujours décrits de manière drôle et positive. Ces derniers toujours la vanne et le sourire à la bouche ont le don pour se retrouver dans des situations cocasses dont ils se sortent avec originalité et grand bruit. Quant auxdits jeunes, ils n'y en a pas un pour rattraper l'autre, mais leur confiance en eux leur confère une touche de sympathie. Ainsi, il y a d'abord Tony (Vincent Cassel est impeccable et s'en donne à coeur joie), le banlieusard qui ne rate jamais une occasion de se fourrer dans des embrouilles et son meilleur pote José (Izm) plus raisonné mais qui supporte toujours les conséquences des fautes de Tony. Autour d'eux gravitent d'autres personnages tout aussi burlesques et drôles. Notamment Manuella, la petite amie envahissante de Tony qui finit par le harceler (Fréférique Bel est parfaite, lui conférant toute la folie qu'elle a pu trouver en elle), Zoran, le caïd de la cité (Gilles Lellouche tout comme le dessin est tout bonnement impressionnant), Momo, le jeune délinquant qui se rêve cinéaste (Hafid F. Benamar a su rendre ce jeune aussi attachant que tête à claques), et enfin Narbé et Sammy, les deux frimeurs du quartier qui se vantent trop vite (Omar et Fred sont définitivement inimitables). Bref, une grosse bande de banlieusards dont, on ne rit pas à gorge déployée mais dont on prend plaisir à suivre les malencontreuses aventures. Et le film est à ne surtout pas rater pour son dénouement final juste hilarant. Frelate et Merguez rappant "le petit bonhomme vert", c'est prendre la banlieue à contre-pied, c'est de la pure autodérision, c'est du pur bonheur.

Plus d'infos sur ce film